La Pandémie, prétexte pour le renforcement de la pagaille fiscale et monétaire de gouvernements et banques centrales

L’efficience dynamique, condition nécessaire et suffisante pour que l’économie se remette d’une pandémie

Une série de conditions sont nécessaires pour que n’importe quelle économie affectée par une pandémie puisse, d’abord, s’adapter aux circonstances nouvelles à moindre coût et, après la pandémie, entamer une reprise saine et durable. Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, les impacts structurels que peut générer une pandémie à court, moyen et éventuellement, long terme et le rôle que l’augmentation naturelle de l’incertitude provoquée par la pandémie joue, dans un premier temps, sur l’accroissement de la demande de monnaie et son pouvoir d’achat: dans un contexte de confinements (sectoriels ou généralisés) paralysant temporairement l’activité productive, il est particulièrement important qu’il y ait une diminution simultanée de la demande, afin de libérer des biens et services de consommation qui permettent de satisfaire le minimum dont ont besoin tous ceux qui sont obligés de suspendre leur activité productive et professionnelle. Autrement dit, l’augmentation des soldes de trésorerie et la réduction des prix nominaux facilitent l’adaptation des consommateurs et agents économiques aux circonstances difficiles, tout en permettant une réponse rapide de leur part, dès qu’on voit la fin du tunnel et que renaît la confiance. Mais, en tout cas, il faut que l’économie soit “dynamiquement efficiente”[34] pour qu’elle puisse découvrir les occasions qui se présentent, les mettre à profit et faire démarrer la reprise. Les conditions de l’efficience dynamique sont données par tout ce qui permet et facilite le libre exercice de la fonction entrepreneuriale, à la fois créative et coordinatrice, de tous les agents économiques de façon à ce qu’ils soient capables de mobiliser les ressources économiques disponibles et les canaliser vers de nouveaux projets d’investissement rentables et durables; projets orientés vers la production des biens et services qui satisfassent les besoins des citoyens et que ceux-ci demandent de manière autonome à court, moyen et long terme. Dans le cas d’économies fortement contrôlées, comme la nôtre, cela exige que le processus de formation et de fixation des prix  propres au système de libre entreprise se développe avec une grande souplesse; il faut pour cela libéraliser au maximum les marchés et, en particulier, celui du travail et des autres facteurs de production, en éliminant toutes les réglementations qui rigidifient l’économie. Il est, en outre, nécessaire que le secteur public ne dilapide pas les ressources dont ont besoin les entreprises et les agents économiques, d’abord pour faire face aux ravages de la pandémie et survivre, et plus tard pour utiliser toutes les économies et ressources inemployées disponibles et jeter les bases du redressement. Il est donc indispensable de procéder à une réduction généralisée des impôts qui laisse le plus de ressources possible aux citoyens et, surtout, qui diminue au maximum les prélèvements sur les profits entrepreneuriaux et l’accumulation de capital. Rappelons que les profits sont le signe indispensable qui guide le travail irremplaçable de création et coordination des entrepreneurs en matière de découverte, entreprise et réalisation de projets d’investissement rentables et durables générant de l’emploi permanent. Il est nécessaire de promouvoir et non de pénaliser fiscalement l’accumulation de capital si l’on veut favoriser les classes ouvrières, en particulier les plus vulnérables, car le salaire qu’elles touchent est déterminé, en définitive, par leur productivité; celle-ci sera d’autant plus grande que le volume de capital par habitant, composé de biens d’équipement de plus en plus nombreux et sophistiqués mis à leur disposition par les entrepreneurs, sera plus élevé. Quant au marché du travail, il faudra éviter toutes réglementations qui réduisent son offre, sa mobilité et sa pleine disponibilité pour une réinsertion rapide et souple dans les nouveaux projets d’investissement. Ainsi, sont particulièrement nocives la fixation de salaires minimum, la rigidification et syndicalisation des relations de travail au sein de l’entreprise, le blocage et surtout l’interdiction légale des licenciements et la création de subventions de chômage et d’aides (plans d’ajustement temporaire de l’emploi, allocations de chômage, revenu de subsistance) qui peuvent dissuader de chercher du travail, s’il s’avère qu’il est plus intéressant pour beaucoup de vivre d’allocations, sans travailler officiellement, tout en travaillant au noir[35]. Toutes ces mesures et réformes structurelles doivent se combiner avec la réforme nécessaire de l’Etat-providence destinée à restituer la responsabilité des pensions, santé et éducation à la société civile. Cela permettra à ceux qui le désirent de sous-traiter leurs prestations auprès du secteur privé, avec la déduction fiscale correspondante (nous avons déjà indiqué que presque 80 pour cent des millions de fonctionnaires espagnols choisissent chaque année la santé privée plutôt que la publique; il y a bien une raison..).

Ainsi donc la feuille de route de la politique économique la plus indiquée pour affronter une pandémie et s’en remettre est claire. Ses principes essentiels sont largement connus pour certains, et pour d’autres sont même un “secret de polichinelle”, en particulier pour tous ceux qui se laissent aller à faire de la démagogie populiste et créent de faux espoirs dans une population aussi apeurée et désorientée que celle qui, compréhensiblement, apparaît dans une période de pandémie[36].

 

Epuisement de la politique monétaire ultra-laxiste durant les années précédant la Pandémie

En se concentrant maintenant sur la Pandémie actuelle de Covid-19, analysée ici en tant qu’illustration principale, on remarque une particularité importante qui conditionne et infléchit plus qu’il ne faudrait le futur de son évolution économique. Cette Pandémie apparaît, en effet, et s’étend à travers le monde à partir de 2020 dans le contexte suivant: plusieurs mois et même plusieurs années auparavant et sous prétexte d’abord d’aider le redressement après la Grande Dépression de 2008, et ensuite pour faire face aux incertitudes réelles ou supposées qui apparaissent toujours (protectionnisme populiste de Trump, Brexit, etc.), les banques centrales du monde entier avaient entrepris une politique monétaire ultra-laxiste, à taux d’intérêt nuls et même négatifs et d’injection monétaire, qui par son degré d’intensité, extension et coordination internationale n’avait pas de précédent dans l’histoire.

Mon article “The Japanization of the European Union[37] explique comment les politiques monétaires ultra-laxistes entreprises par les banques centrales avant l’apparition de la Pandémie ont eu un effet auto-frustrant. D’une part, et en premier lieu, elles ont échoué ostensiblement quant à faire monter les prix jusqu’à près de deux pour cent. En effet, l’injection monétaire massive, réalisée dans un contexte de rigidité institutionnelle et d’incertitude a été rendue pratiquement stérile par l’augmentation simultanée et généralisée de la demande de  monnaie de la part des agents économiques, le coût d’opportunité du maintien des soldes de trésorerie étant réduit à zéro; de plus, il n’apparaissait pas d’occasions claires d’investissement durable à cause d’une réglementation et d’un interventionnisme économique constants qui nuisent aux espérances de profit et à la récupération de la confiance perdue depuis la Grande Récession de 2008. Et, pour cette raison, la réparation nécessaire de toutes les erreurs d’investissement commises durant les années de bulle et d’expansion de crédit précédant l’année 2008 n’a pas pu se faire. D’autre part, et en second lieu, au moment où les banques centrales ont entrepris leurs politiques d’injection monétaire massive, “quantitative easing” et de réduction à zéro des taux d’intérêt, tout ce qui pouvait encourager les divers gouvernements (d’Espagne, France, Italie, etc.) à entreprendre ou achever les réformes économiques, réglementaires et institutionnelles en attente et qui sont indispensables pour favoriser un climat de confiance permettant aux entrepreneurs, libérés d’entraves et obstacles superflus, de développer leur créativité et d’investir à long terme tout en créant des emplois durables, a disparu. Quel gouvernement, en effet, voudra, par exemple, assumer le coût politique d’assainir ses comptes et de libéraliser le marché du travail si, de fait, quel que soit le déficit qu’il enregistre, celui-ci sera financé directement ou indirectement et à coût zéro, c’est-à-dire complètement monétisé, par la Banque Centrale? Ainsi, la Banque Centrale Européenne est déjà titulaire de presque un tiers de la dette souveraine émise par les états membres de la zone euro et, en entreprenant cette politique d’achats indiscriminés, elle a stoppé le processus de réformes économiques et institutionnelles dont ils avaient un besoin urgent. La conclusion de la théorie économique est on ne peut plus claire: dans un contexte de grande rigidité institutionnelle et d’interventionnisme économique, les politiques monétaires ultra-laxistes ne servent qu’à maintenir indéfiniment la rigidité et l’atonie des économies affectées et à accroître l’endettement des secteurs publics respectifs à des niveaux difficilement viables.

 

Réaction des banques centrales face à l’apparition soudaine de la Pandémie

Et c’est dans cette situation économique préoccupante, alors que les banques centrales avaient pratiquement épuisé leur arsenal d’”armes non conventionnelles” de politique monétaire ultra-laxiste, qu’apparaît soudainement la Pandémie de Covid-19, en janvier 2020. La réaction des autorités monétaires a consisté, simplement, à suivre le même chemin consistant à redoubler l’injection monétaire: non seulement leurs programmes d’achats d’actifs financiers (dont le prix, à la grande joie des gros investisseurs comme les fonds d’investissement, hedge funds, etc. n’a cessé d’augmenter alors que les banques centrales accroissent ainsi davantage la fortune de quelques-uns et que l’économie de la grande masse se contracte et entre en phase de récession) s’amplifient, mais la monnaie nouvelle commence à se distribuer de plus en plus, sous la forme d’aides et d’allocations directes financées par le déficit public monétisé, de sorte qu’une bonne part de la nouvelle monnaie créée arrive directement dans les poches des économies domestiques.

Mais nous savons, au moins depuis 1752 et grâce à Hume[38], que la simple distribution uniforme d’unités monétaires entre les citoyens n’a pas d’effets réels[39]. C’est pourquoi les autorités monétaires ne veulent pas, dans le fond, entendre parler du fameux “hélicoptère de Friedman” comme instrument de leur politique monétaire;  car celle-ci ne produit que des effets apparents d’expansion, alors que seuls quelques secteurs, entreprises et agents économiques reçoivent dans un premier temps la monnaie nouvelle, avec toutes les conséquences collatérales, qui consistent en une augmentation de l’inégalité dans la distribution du revenu en faveur de quelques-uns et dont nous avons déjà parlé à propos des effets des politiques de “quantitative easing” en tant que facteur déterminant de l’enrichissement des acteurs sur les marchés financiers. Il est, en tout cas, certain que, tôt ou tard, et dans la mesure où elle n’est pas stérilisée[40] par des banques privées et des secteurs entrepreneuriaux démotivés, la monnaie nouvelle finit par arriver dans les poches des consommateurs, au fur et à mesure que se manifeste l’effet de perte inexorable du pouvoir d’achat de l’unité monétaire décrit par Hume. Cet effet sera de plus en plus évident lorsque les économies domestiques surmonteront leur incertitude et estimeront inutile de maintenir des soldes de trésorerie aussi élevés, ou simplement seront obligées de dépenser l’argent reçu sous forme d’allocations de subsistance alors que leurs membres sont au chômage et ne peuvent pas produire: une demande croissante de monnaie sur une production contractée à cause de la Pandémie entraîne inexorablement une pression constante à la hausse des prix[41]. Et c’est justement ce que l’on commence à observer en ce moment (janvier 2021). Le prix des produits agricoles, par exemple, ne cesse d’augmenter et a atteint son maximum en trois ans; il en va de même pour les frets et beaucoup de matières premières (minéraux, pétrole, gaz naturel, etc.) qui atteignent des prix très élevés et même records..

 

L’impasse dans laquelle se trouvent les banques centrales

La conclusion est on ne peut plus claire. Les banques centrales se sont engagées dans une impasse. Si elles choisissent la fuite en avant et accentuent leur politique d’expansion monétaire et de monétisation d’un déficit public qui ne cesse d’augmenter, elles risquent de générer une grave crise de dette publique et d’inflation. Mais si, craignant de passer de la “japonisation” antérieure à la Pandémie à une situation proche de la “vénézualisation” une fois celle-ci passée, ils stoppent leur politique monétaire ultra-laxiste, la survalorisation des marchés de dette publique deviendra immédiatement évidente et il se produira une importante crise financière et une récession économique aussi douloureuse que salutaire à moyen et long terme. Comme le démontre le “Théorème de l’impossibilité du socialisme”, les banques centrales (véritables organes de planification centrale financière) n’ont pas la possibilité de bien choisir la politique monétaire la mieux adaptée à chaque occasion.

Devant l’évidence de la difficile conjoncture actuelle, il est illustratif d’observer les recommandations et réactions qui, trahissant une nervosité et une inquiétude (je dirais même une “hystérie”) croissantes, proviennent des investisseurs, “experts”, commentateurs et même des responsables économiques et des autorités monétaires les plus connues.

Ainsi, par exemple, de nouveaux articles et commentaires sont continuellement publiés, en particulier dans les journaux “rose saumoné”, comme le Financial Times, pour essayer de tranquilliser les marchés. Ils annoncent invariablement que les taux d’intérêt nuls (et même négatifs) vont le rester pendant plusieurs années car les banques centrales ne vont pas abandonner leurs politiques monétaires ultra-laxistes; les investisseurs peuvent donc être tranquilles et continuer à s’enrichir en opérant et en achetant sur les marchés obligataires. Les banques centrales, quant à elles, annoncent prudemment la révision de leurs objectifs d’inflation, dans le but de les “flexibiliser” (à la hausse, naturellement), sous prétexte de compenser ainsi les années durant lesquelles elles n’ont pas su les atteindre, et pour justifier le fait de ne pas prendre de mesures de contrôle monétaire même si l’inflation monte en flèche[42]. D’autres assesseurs des autorités monétaires proposent même d’abandonner l’objectif d’inflation pour introduire directement le maintien d’une certaine courbe des taux particulièrement réduite (taux nuls et même négatifs pendant plusieurs années de la courbe des taux; on réaliserait à cette fin toutes les opérations nécessaires de “marché ouvert”). Tout cela est encouragé par les leaders de la “Modern Monetary Theory” qui, malgré son nom, n’est une théorie ni moderne ni monétaire, mais un mélange de vieilles recettes Keynésiennes et mercantilistes qui sont le propre d’arbitristes de siècles passés (ils soutiennent que le déficit est sans importance car il peut être financé sans limite en émettant de la dette et en la monétisant) plus que de véritables théoriciens de notre discipline; théorie qui fait des ravages parmi nos responsables en matière économique et monétaire[43]. Nous arrivons ainsi à la dernière des “idées géniales” qui gagne énormément en popularité: l’annulation de la dette publique acquise par les banques centrales (et qui, nous l’avons vu, représente presque un tiers de la dette totale).

Avant tout, il est évident que ceux qui se sont manifestés en faveur de cette annulation ont montré leur jeu car si, comme ils l’affirment, les banques centrales vont toujours racheter la dette émise pour faire face aux échéances qui se présentent à un taux d’intérêt nul, aucune annulation de leur part ne serait nécessaire. Le simple fait de demander justement aujourd’hui cette annulation prouve leur nervosité devant les nombreux signes de poussée inflationniste, et leur crainte de voir les marchés obligataires s’effondrer et les taux d’intérêt remonter. Dans ces circonstances, il serait crucial pour eux que la pression sur les gouvernements prodigues soit adoucie par une annulation qui équivaudrait à une remise proche du tiers de la dette totale émise par eux et qui ne nuirait qu’à une institution aussi abstraite et lointaine pour le public que la banque centrale. Mais les choses ne sont pas aussi faciles qu’il y paraît. Si on procède à une annulation comme celle que l’on demande, il apparaîtra ce qui suit. En premier lieu, que les banques centrales se sont contentées de créer de la monnaie et de l’injecter dans le système à travers les marchés financiers, enrichissant considérablement quelques personnes sans obtenir à la longue d’effets réels appréciables (mis à part la réduction artificielle des taux d’intérêt et la destruction simultanée de l’assignation efficiente des ressources productives[44]). Si cette annulation avait lieu, le tollé général contre cette politique serait tel qu’en second lieu, les banques centrales perdraient non seulement toute leur crédibilité[45] mais aussi la possibilité de renouveler dans le futur leurs politiques d’achats sur le marché libre (“quantitative easing”), les circonstances les obligeant à effectuer des injections monétaires allant directement aux citoyens (“hélicoptère de Friedman”), les seules équitables du point de vue de leurs effets sur la distribution du revenu; mais celles-ci, manquant d’effets réels d’expansion constatables à court terme, supposeraient l’incapacité définitive des banques centrales à exercer avec leur politique monétaire une influence appréciable sur les économies du futur.

Dans ce contexte, la seule recommandation sensée à donner aux investisseurs est de vendre le plus vite possible toutes leurs positions à revenu fixe, car on ne sait pas combien de temps les banques continueront à maintenir artificiellement un prix aussi exorbitant, tel qu’on n’en a jamais vu dans l’histoire. Il existe, de fait, des indices plus que suffisants pour montrer que les investisseurs les plus lucides, tels que Hedge Funds et d’autres, utilisant des dérivés et autres techniques sophistiquées, misent déjà sur l’effondrement des marchés obligataires, tout en filtrant officiellement dans les médias et par l’intermédiaire de commentateurs prestigieux[46] des messages et des recommandations tranquillisants, car ils veulent “sortir” des marchés de la dette sans faire de bruit et au prix le plus élevé possible.

 

Le “clou” de la dépense publique

Nous en arrivons ainsi à la dernière recette proposée fondamentalement pour sortir de la crise issue de la Pandémie et revenir à la normalité: pas question d’assainir les comptes publics, ni de réduire la dépense publique improductive; pas question de réduire la pression fiscale ni d’alléger les contraintes administratives et réglementaires pour les entrepreneurs afin qu’ils reprennent confiance et se décident à investir. Rien de tout cela, mais tout le contraire: recourir le plus possible à la politique fiscale en augmentant la dépense publique de façon exorbitante, tout en prétendant donner priorité aux investissements environnementaux et à ceux concernant la numérisation et les infrastructures. Mais ce nouveau sursaut de la politique fiscale est procyclique et sérieusement nuisible. Ainsi, par exemple, lorsqu’à partir de l’été 2021 la “manne” des 140 milliards d’euros accordés par l’Union Européenne à fond perdu (sur un programme total de 750 milliards organisé par les autorités de l’Union et extensible jusqu’à 1,85 billion sous forme de prêts) arrivera en Espagne, il est plus que probable que l’économie espagnole et celle du reste de l’Union Européenne auront déjà commencé d’elles-mêmes à se remettre, de sorte que ces fonds absorberont et dévieront des ressources limitées, indispensables pour que le secteur privé puisse entreprendre et mener à bien les projets d’investissement qui, par leur rentabilité véritable, peuvent générer à eux seuls, et sans aides publiques, un volume important d’emploi durable à court, moyen et long terme; emploi durable qui contraste avec l’emploi toujours précaire et dépendant de décisions politiques qu’engendre la dépense publique de consommation même s’il s’agit de projets pharaoniques de “transition” écologique et numérique. Tout cela sans qu’il soit besoin d’évoquer l’inefficience caractéristique du secteur public s’agissant de canaliser les ressources reçues et la politisation inévitable de leur distribution, toujours liée à la recherche et au maintien du clientélisme politique. Tout le monde se rappelle, par exemple, l’échec retentissant du fameux “Plan E” d’injection de dépense publique lancé par l’administration du gouvernement socialiste de Zapatero pour faire face à la Grande Récession de 2008. Ou le lamentable résultat de la politique fiscale d’accroissement considérable des dépenses publiques au Japon, qui s’est limitée à faire de ce pays le plus endetté du monde. En définitive, l’histoire se répète.

 

Conclusion

Il n’existe pas de raccourcis miraculeux pour sortir d’une crise aussi grave que celle née de la Pandémie actuelle. Même si les gouvernements et autorités monétaires s’efforcent de se présenter au pays comme ses indispensables “sauveurs”, grâce à leur effort et à leur activité frénétique dans la réalisation de choses apparemment bénéfiques. Même si les uns et les autres cachent systématiquement, comme l’a démontré l’Ecole Autrichienne, leur incapacité intrinsèque à trouver et à obtenir l’information nécessaire pour donner un contenu coordinateur à leurs ordres. Même si leurs actions sont systématiquement irresponsables et contre-productives parce qu’elles dilapident les faibles ressources de la société et empêchent  l’assignation correcte des ressources et le calcul économique rationnel dans les projets d’investissement. Malgré tout cela, c’est-à-dire malgré les gouvernements et les banques centrales, la Pandémie de Covid-19 ne sera d’ici peu d’années qu’un triste souvenir historique promptement oublié par les générations futures, de la même manière que personne ne se rappelait les ravages sanitaires et économiques beaucoup plus importants produits par la “Grippe espagnole” il y a un siècle. Aujourd’hui, comme alors, nous nous en sortirons grâce à notre effort individuel et collectif; nous tâcherons de mener à bien, avec créativité, nos projets vitaux dans les espaces de liberté d’entreprise et de marché non contrôlé qui, malgré tout, restent ouverts.

 

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[34] Jesús Huerta de Soto, “La théorie de l’efficience dynamique”, L’ Harmattan, Paris 2017, pp. 7-40

[35] Voir aussi, Jesús Huerta de Soto, Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, op. cit., pp. 292-294

[36] Voir, par exemple, P. Bagus, J.A. Peña Ramos et A. Sánchez Bayón, “Covid-19 and the Political Economy of Mass Hysteria”, Int. J. Environ. Res. Public Health, 2021, 18 (4) 1376.

[37] Jesús Huerta de Soto, “The Japanization of the European Union”, https://mises.org/wire/japanization-european-union, op. cit. D’autre part, le “Théorème de l’impossibilité du Socialisme” est pleinement applicable aux banques centrales, comme cela est démontré dans Jesús Huerta de Soto, Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, op. cit., pp. 406-422.

[38] David Hume “Of Money”, dans Essays, Moral, Political and Lieterary, E. F. Miller (éd.), Liberty Classics, Indianapolis, 1985, p. 281 et s. Hume évoque le fait que si, par miracle, chaque individu de Grande Bretagne trouvait cinq livres de plus dans sa poche pendant la nuit, cela n’aurait aucun effet réel sauf celui de diminuer le pouvoir d’achat de la monnaie (c’est-à-dire hausser les prix nominaux), car la capacité productive du Royaume-Uni resterait inchangée (p. 299). Avec son fameux ”hélicoptère”, Friedman se limita à copier et actualiser cet exemple de Hume (sans le citer).

[39] Par exemple, Mervyn King, ex Gouverneur de la Banque d’Angleterre, a été obligé de reconnaître ceci: ”On dit que la combinaison de stimulants fiscaux et monétaires a représenté une réussite contre la pandémie, mais je n’arrive pas à voir maintenant le bénéfice de l’activisme des banques centrales. Depuis plusieurs jours je me demande avec ma femme si c’est le moment d’aller dîner dnas notre restaurant favori: le fait  que les taux d’intérêt continuent à baisser ne va pas changer la teneur de cette discussion”, El País, Madrid, dimanche 17 janvier 2021, p. 38.

[40] La relation des autorités monétaires avec les banques privées tient de la “schizophrénie”: d’une part, elles les inondent de liquidité pour qu’elles prêtent, tout en les menaçant d’exiger d’elles plus de capital et de surveiller de très près à qui elles prêtent.

[41] Voir, entre autres, Michael D. Bordo et Mickey D. Levy “The Short March Back to Inflation”, The Wall Street Journal, 4 février 2021, p. A17.

[42] L’adoption de cette politique soumettrait à une telle contrainte la gouvernance de l’euro qu’il serait probablemente en passe de disparaître.

[43] Voir, par exemple, Patrick Newman, “Modern Monetary Theory: An Austrian Interpretation of Recrudescent Keynesianism”, Atlantic Economic Journal, nº 48, 2020, pp. 23-31 et les articles critiques de Mark Skousen et Gordon L. Brady, publiés dans le même numéro de cette revue. Parmi les plus enthousiastes de la “Modern Monetary Theory” se trouve Mario Draghi: voir, par exemple, “Las claves del plan Draghi” pour sauver l’Italie, ABC, 4 février 2021, p. 30.

[44] Il est tragique de constater que des experts, politiciens et citoyens oublient que le plus important de tous les prix et, donc, celui qui a le plus besoin d’être fixé par le marché libre, le taux d’intérêt, ou prix des biens présents en fonction des biens futurs, ne peut pas être manipulé impunément par les gouvernements et banques centrales sans que se bloquent le calcul économique et l’assignation intertemporelle correcte des ressources productives.

[45] Entre autres choses, sans actifs à vendre, pour les avoir annulés, elles ne pourraient pas drainer de réserves du système si cela s’avérait nécessaire dans l’avenir à cause d’une reprise de l’inflation. Ce n’est que dans le cas d’un passage irrévocable à un système bancaire à coefficient de caisse de 100 pour cent, tel que je l’expose dans mon livre Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, op. cit., p. 494 et s. qu’une annulation de la dette publique au pouvoir de la banque centrale aurait un sens, afin d’éviter que celle-ci ne devienne titulaire d’une partie significative de l’économie réelle, lorsque, comme je le propose, la dette s’échangerait contre les actifs bancaires qui contrebalancent aujourd’hui les dépôts à vue.

[46] Voir, par exemple, la série de commentaires et de recommandations en matière de politique monétaire et fiscale du prestigieux Martin Wolf dans le Financial Times, ou de Paul Krugman lui-même dans le supplément économique de El País: ils ne cessent de recommander, pratiquement toutes les semaines, plus d’injection monétaire et plus de dépense publique.